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ARTICLE 2004Formation des jeunes · Pivot n° 116 et 117

Quelques réflexions sur la formation des jeunes

Former ou gagner ? Une approche de l’entraînement des jeunes qui part du collectif pour revenir aux fondamentaux individuels, illustrée par la défense (fille à fille, run and trap, zone press 2-2-1) et l’attaque (contre-attaque, attaque fille à fille, attaque de zone) des minimes filles du BC Maurepas.

A – Introduction

Un entraîneur débutant s’imprègne souvent des idées de ceux qui le forment et son approche comme sa vision du basket se modélisent la plupart du temps par simple mimétisme vis à vis de ses formateurs. Je n’échappe pas à cette règle : jeune coach sans passé de joueur, j’ai eu la chance de rencontrer et de travailler avec des entraîneurs d’expérience, que ce soit au cours des différents degrés de ma formation initiale (initiateur, entraîneur départemental puis régional) ou dans le cadre de mes propres projets sportifs au sein du BC Maurepas (78).

Voilà maintenant sept ans que j’entraîne des jeunes dans les catégories benjamines à cadettes, que ce soit en championnat régional comme au travers des sélections départementales. Aujourd’hui, je pense avoir acquis un peu d’expérience, à force de fréquenter les gymnases et d’échanger avec d’autres entraîneurs. Expérimenter sur le terrain et savoir régulièrement se remettre en cause permet, au bout d’un certain temps, de prendre un peu de recul par rapport aux enseignements et aux connaissances théoriques que l’on a pu acquérir en suivant les modules de formation de cadres ou en piochant dans la « médiathèque » de l’entraîneur de basket (livres, articles, vidéos, colloques, CD-Rom, sites internet, etc.).

Il devient alors parfois possible de définir sa propre approche de l’entraînement basée sur ses propres choix, ses propres convictions. Bien évidemment, je n’irai pas jusqu’à parler de philosophie, car ce serait très prétentieux de ma part ! Ce que j’entends par « convictions », ce sont une ou plusieurs lignes de conduite que l’on décide de suivre, et qui sont en partie inspirées du discours et des idées provenant d’entraîneurs différents ! Vous ne trouverez donc pas dans cet article de recettes miracles (elles n’existent pas), mais seulement quelques éléments de réflexion et quelques pistes de travail, qui, à mes yeux, paraissent intéressantes à mettre en pratique. En effet, ces modes de fonctionnement semblent améliorer de manière non négligeable l’efficacité (atteinte d’un objectif) comme l’efficience (moyens mis en œuvre pour atteindre cet objectif) des entraînements.

B – Et si on parlait de pédagogie ?

Bon nombre d’entraîneurs, et plus particulièrement les entraîneurs de jeunes, s’interrogent sur la façon d’intégrer les aspects techniques (fondamentaux individuels) et tactiques (collectif offensif et défensif) dans leurs entraînements.

Cette problématique est au centre de l’éternel débat qui oppose la notion de formation à celle de compétition. Si l’on s’attache à développer les fondamentaux individuels, cela peut représenter un frein à la progression de l’équipe mais si l’on privilégie les aspects tactiques, cela risque de nuire au développement personnel du joueur ! Lorsque j’ai commencé à entraîner, j’ai instinctivement utilisé l’approche qui consiste à privilégier l’enseignement des fondamentaux individuels (technique) chez les benjamins, du pré-collectif (jeu à 2, jeu à 3) chez les minimes pour arriver au collectif (jeu 5 contre 5) en cadets (Figure 1).

Figures 1

Cette façon d’appréhender la problématique de la formation des jeunes peut sembler très logique, puisqu’à priori, un joueur ne possédant pas de solides bases techniques ne peut prétendre pouvoir aisément évoluer sur le terrain avec d’autres partenaires. Si l’on pousse le raisonnement plus loin, de la même façon, un groupe de 2 ou 3 joueurs ne maîtrisant pas les éléments pré-tactiques, ne peut espérer s’intégrer efficacement dans du jeu à 5 contre 5 !

Au bout de quelques années, j’ai pu me rendre compte qu’un joueur, même armé d’un solide arsenal technique, a souvent du mal à savoir quel geste employer en fonction de la situation rencontrée : cette dernière varie en permanence en fonction de la position de notre joueur sur le terrain, ainsi que du placement et des déplacements de ses partenaires comme des défenseurs. En clair, notre joueur a tout simplement du mal à lire le jeu, et de ce fait, hésite dans le choix des actions techniques à réaliser !

Ce constat effectué, voyons à présent comment des entraîneurs de renom abordent cette problématique :

Jacques Vernerey, ex-entraîneur des joueuses de l’INSEP, a une analyse très pertinente de la question :

« Il y a deux axes possibles pour acquérir les fondamentaux collectifs offensifs :

Inconvénients : le joueur devient stéréotypé, il faut donc lui apprendre à lire le jeu.

Inconvénients : le joueur est en difficulté face à une forte opposition. Il faut donc le faire travailler pour qu’il progresse techniquement.

Les deux axes de travail proposés ont chacun leurs inconvénients. Il faut cependant savoir qu’il est souvent difficile de progresser dans l’acquisition des fondamentaux collectifs offensifs ainsi que dans la lecture de jeu si on ne possède pas de solides fondamentaux individuels (passes, dribbles, tirs). »

Pierre Vincent, entraîneur de l’équipe de France junior masculine et entraîneur du CMJ Bourges en Ligue Féminine, adopte quant à lui une approche sensiblement différente :

« À chaque situation de jeu correspond un ou plusieurs gestes adaptés qui permettront au joueur qui l’utilise de rendre son action plus efficace, c’est ce que l’on appelle la technique. Elle n’est qu’un outil, son efficacité passe par apprentissage associé à de réelles situations de jeu qui permettront au joueur de comprendre son utilisation au regard des problèmes posés par l’adversaire. Dans l’enseignement et dans l’apprentissage, nous devons tous (joueurs et entraîneurs) nous concentrer sur le problème à résoudre, le geste technique adapté. »

Toujours d’après Pierre Vincent, « Un bon joueur est un joueur qui est toujours au bon moment au bon endroit, un joueur qui réalise le bon geste au bon moment. »

Pour atteindre cet objectif (former de bons joueurs), l’entraîneur devra orienter la conception de ses entraînements et adapter l’organisation de ses situations de travail de façon à coller au plus près des situations réelles de jeu : celles que rencontrera le jeune en compétition. On ne fait plus de la technique pour faire de la technique, on apprend puis on perfectionne des éléments techniques dans un contexte réaliste de jeu ; en fait, on met tout simplement la technique au service des contenus tactiques choisis par l’entraîneur ! Une petite exception toutefois : on ne peut espérer entreprendre avec succès cette démarche dans le cas d’un débutant complet, pour qui le ballon, en situation de jeu, est un objet dont il faut avant tout se débarrasser ! Par contre, une fois que notre apprenti joueur aura été « initié », qu’il aura été « dégrossi » un minimum techniquement et qu’il aura acquis un peu d’autonomie avec le ballon, il deviendra un candidat parfait pour notre programme de formation !

Depuis 2 ou 3 ans, j’essaye de structurer et d’organiser mes entraînements en m’inspirant des éléments et de l’organisation présentés ci-dessus. En m’inspirant d’un schéma proposé par Pierre Buteau (CTR Ile de France) lors d’une intervention réalisée au cours du module « ER » de ma formation initiale, j’ai essayé de modéliser le mode de fonctionnement que j’ai choisi d’adopter comme ligne de conduite pour organiser mes entraînements (Figure 2).

Figures 2

Ce schéma, par opposition à celui présenté précédemment, se lit et s’interprète de la manière suivante :

Proposer un projet collectif, le découper en plusieurs éléments pré-tactiques cohérents entre eux (pré-collectif) et identifier les éléments techniques à perfectionner en priorité, c’est s’assurer que ses joueurs ont bien assimilé les objectifs et la finalité du collectif que l’on souhaite mettre en place.

Le perfectionnement technique, travaillé dans des situations de jeu extraites du projet collectif, permet de mieux assimiler et de mieux réaliser les éléments pré-tactiques, eux-mêmes essentiels à une mise en place efficace du collectif à 5 contre 5.

En fait, on passe régulièrement des aspects collectifs aux aspects individuels et vice-versa tout au long de notre cycle d’apprentissage puis de perfectionnement. Ces cycles permettent de former techniquement des joueurs capables de lire le jeu, donc de faire les bons choix sur les actions à entreprendre sur le terrain en fonction des éléments tactiques proposés par l’entraîneur.

Mais dans la pratique, cela donne quoi ?

Tout ce que je vous ai décrit ci-dessus peut vous paraître abstrait, et c’est bien normal puisqu’il ne s’agit que d’une approche théorique ! C’est une tentative de modélisation, certes volontairement simpliste, d’une approche, d’une méthode de travail utilisée pour organiser et hiérarchiser des contenus d’entraînements.

C’est pourquoi, je vais maintenant essayer d’illustrer mes propos par des exemples concrets, directement issus de situations réelles mises en place avec mon équipe de minimes filles.

Bien évidemment, ce ne sont pas les exercices eux-mêmes (des plus classiques) ou les choix tactiques (très basiques) qu’il convient d’examiner, mais plutôt la manière dont ces derniers sont organisés entre eux. J’essayerai également d’argumenter mes choix techniques et/ou tactiques en insistant sur les éléments que j’ai choisi de traiter en priorité, ceux pour lesquels je consacre une part importante du temps dans mes séances d’entraînements.

Quels sont nos objectifs d’un point de vue du collectif ?

Si l’on devait définir en quelques mots les objectifs fixés d’un point de vue du collectif, cela pourrait se résumer dans une phrase du type :

« Prendre des risques en défense (pression, interceptions, prises à 2, etc.) pour gagner des ballons et marquer des paniers faciles (jeu rapide) ».

C – Collectif défensif

Les minimes filles du BC Maurepas pratiquent trois formes de défense : en les classant dans l’ordre de leur apprentissage : une défense fille à fille demi-terrain, un pressing tout terrain avec prises à 2 (run and trap) et une zone press 2-2-1.

Pourquoi utiliser tant de formes défensives, me direz-vous ? Tout simplement, parce qu’il est beaucoup plus facile et plus rapide de construire un bon défenseur qu’un bon attaquant !

En effet, quel que soit le niveau de jeu et la catégorie concernée, on retrouve les mêmes principes et les mêmes fondamentaux individuels… La défense est simplement organisée différemment en fonction des orientations stratégiques de l’entraîneur, des capacités athlétiques des joueurs, de leur intelligence et de leur perception du jeu.

En fait, il est possible de mettre en place un véritable collectif défensif dès les catégories benjamins / benjamines : les entraîneurs de jeunes sont parfois trop timides et sous-estiment les capacités de leurs joueurs / joueuses. On pense trop souvent de façon réductrice que la défense ne sert qu’à protéger son panier ; on oublie que cette dernière est avant tout une arme servant à reconquérir le ballon !

Pour cela, il suffit d’observer des poussins jouer ! Même si leur défense n’est pas forcément organisée (effet « grappe »), nos apprentis joueurs cherchent de façon spontanée à récupérer le ballon. Si ce comportement instinctif de « conquérant » se modifie quand ils grandissent et changent de catégorie, c’est peut-être à cause de l’influence des entraîneurs !

Pour contrôler et prendre l’ascendant sur l’attaque adverse, les défenseurs doivent être capables de gouverner le terrain (orientation, contestation, fermer la ligne de fond, interdire le retour au centre, etc.) afin d’imposer de véritables règles de circulation au porteur de balle comme aux non porteurs ; de la même manière, on s’efforcera de réguler le rythme de l’attaque adverse afin d’accélérer ou de ralentir le jeu, en fonction des objectifs fixés.

Même si une défense dite « à risque » n’est pas complètement maîtrisée par vos joueurs ou qu’elle semble ne pas bien fonctionner à l’entraînement (au bout d’un moment, les attaquants savent parfaitement ce que les défenseurs veulent faire, donc ont tendance à anticiper et à tricher), ce n’est pas une raison pour ne pas la pratiquer en match ou arrêter de la travailler. Le plus important, au final, ce n’est pas que vos joueurs maîtrisent ou non une défense, c’est que l’équipe adverse ne sache pas correctement l’attaquer : chez les jeunes, les défenses tout terrain provoquent la plupart du temps un effet de panique se traduisant par une accélération du jeu et à des mauvais choix en attaque : des mauvaises passes, des balles perdues, des tirs précipités, etc. C’est en pratiquant en conditions réelles de match, que vos joueurs se perfectionneront petit à petit.

Défense fille à fille demi-terrain

L’apprentissage de la défense fille à fille est assez simple car elle peut se décomposer en plusieurs éléments que l’on peut travailler indépendamment : défense sur porteur, défense sur non porteur côté ballon, défense sur non porteur côté aide (c’est l’axe panier-panier qui permet de distinguer le côté ballon du côté aide. Les contenus techniques de ces trois axes de travail constituent purement et simplement les fondamentaux individuels défensifs (Figure 3).

Figures 3

Un bon défenseur est un joueur capable d’adapter en permanence ses placements défensifs en fonction des mouvements du ballon comme du joueur dont il a la charge. Pour cela, il devra donc passer sans hésiter d’une attitude défensive adéquate à une autre en se déplaçant pendant les phases aériennes du ballon.

Exemples :

Je cherche donc à apprendre à mes joueuses à reconnaître les situations et à automatiser leurs placements / déplacements défensifs en fonction des deux repères joueur-ballon décrits ci-dessus. Certains exercices ressemblent d’ailleurs plus à de la chorégraphie qu’à du basket tel qu’on se l’imagine !

Rappelons également que la communication entre les joueurs est essentielle à l’efficacité défensive : Annoncer « Tir », « Balle », « Aide », etc. au cours du jeu, permet non seulement de rendre notre défense plus performante (la communication, c’est le 6ème défenseur), mais permet également aux joueurs de se sentir solidaires les uns des autres !

Objectifs et principes généraux de notre défense fille à fille

Figures 4

Voici les options retenues pour notre défense fille à fille (Figures 5 à 11) :

Figures 5, 6, 7

Figures 8, 9, 10

Figures 11

Mise en place de la défense fille à fille

Voici quelques exemples d’exercices (Figures 12 à 15) :

Figures 12, 13

Figures 14, 15

Options défensives (Figures 16 à 17)

Figures 16, 17

Pressing tout terrain avec prises à 2 (run and trap)

Une fois notre défense fille à fille mise en place, il devient assez facile de passer à une défense individuelle tout terrain, tout simplement parce cette dernière fera pratiquement appel aux mêmes fondamentaux individuels défensifs et à des repères géographiques similaires (revenir au niveau du ballon, notion côté ballon / côté aide) à ceux utilisés dans notre défense demi-terrain. De plus, les joueuses, ayant déjà acquis un peu de culture défensive (vocabulaire, automatismes dans les attitudes et les déplacements défensifs, etc.), l’apprentissage de cette nouvelle défense s’en trouvera grandement facilité !

Objectifs et principes généraux du pressing tout terrain avec prises à 2 (Figures 18 à 21)

Figures 18, 19, 20

Figures 21

Voici donc les options retenues pour notre défense run and trap :

Mise en place du pressing tout terrain avec prises à 2 (Figures 22 et 23)

Pour mettre cette défense en place, il est facile d’imaginer des situations à 3 contre 3 puis 4 contre 4 permettant de comprendre et d’automatiser les notions de prises à 2 et de rotations défensives. Afin de favoriser la réalisation de prises à deux, on peut imposer aux attaquants de passer le milieu de terrain en dribblant.

Figures 22, 23

Voici quelques exemples d’exercices (Figures 24 à 26) :

Figures 24, 25

Figures 26

Les principes de la défense run and trap sont faciles à comprendre mais souvent difficiles à réaliser pour de jeunes joueurs / joueuses ; en effet, sur tout le terrain et à grande vitesse, il n’est pas toujours aisé de s’organiser pour contrôler visuellement à la fois l’attaquant dont on a la charge et le ballon. L’apprentissage de cette défense est donc un excellent moyen pour développer la lecture et la perception du jeu.

Options défensives

Zone press 2-2-1

Une fois notre pressing tout terrain avec prises à 2 mis en place, le passage à la zone press est presque naturel et quasi immédiat (réalisé en deux séances avec mes minimes filles). Pourquoi ? Parce que l’on utilise exactement les mêmes repères, les mêmes principes (prises à 2 et rotations défensives) que ceux proposés pour la défense run and trap ! Il n’y a que la position initiale des défenseurs qui change !

Le choix de la zone press 2-2-1 est bien évidemment discutable. Cette défense peut paraître « exotique » si on la compare aux traditionnelles zones press 1-2-2 ou 1-2-1-1. Elle a pour principal avantage de contenir efficacement le ballon dans la zone avant du terrain (contrôlée par le premier et le deuxième rideau) et de permettre aux défenseurs de pouvoir intervenir efficacement sur les renversements. Son point faible se situe dans le cas d’éventuelles grandes passes vers l’avant (transversales ou non), en supposant que ces dernières soient suffisamment tendues et précises, ce qui est assez rare chez les jeunes et particulièrement chez les filles (manque de force).

Objectifs et principes de la zone press 2-2-1 (Figures 27 à 29)

Figures 27, 28, 29

Voici les options retenues pour notre zone press :

Options défensives

Remarque : La zone press 221 et la défense run and trap utilisent la même logique dans les mouvements et les rotations défensives (Figures 30 et 31) :

Figures 30, 31

Conclusions sur les aspects défensifs

Pour conclure sur nos principes défensifs, je dirai qu’il est possible et même assez facile de multiplier les formes de défenses avec une équipe de jeunes.

Cependant des pré-requis sont nécessaires pour y arriver facilement :

Un petit mot à propos du rebond défensif. C’est un élément important dans la formation du joueur que les entraîneurs, et moi le premier, oublient parfois de travailler. Nous sommes tellement centrés sur les aspects techniques et tactiques de nos défenses, que nous finissons par penser que le déclenchement d’un tir met fin à l’action des défenseurs ! Mise à part la notion d’écran de retard, l’apprentissage du rebond défensif ne nécessite pas beaucoup de technique. Il faut donc simplement penser à l’intégrer dans nos exercices et dans nos situations de jeu (amélioration de la transition défense-attaque) et le valoriser aux yeux de nos joueurs.

Par exemple, si l’on travaille sur demi-terrain la défense homme à homme, on peut demander qu’à chaque prise d’un rebond défensif, les défenseurs jouent la contre attaque ; puis on change les rôles attaque-défense sur l’autre demi-terrain.

Je terminerai en abordant la problématique de la défense de zone. Faut-il ou non la pratiquer dans les catégories jeunes ? En ce qui me concerne, je suis favorable à la défense de zone car c’est une défense très formatrice, notamment quant aux aspects de partage de responsabilités entre les défenseurs et sur les aspects de communication. Pour ma part, je parle d’une zone où l’on court dans tous les sens, où l’on communique en permanence (« poste », « fond », « j’ai »), où l’on met de la pression sur le porteur de balle, où l’on greffe des prises à 2, etc. Pour l’instant, je n’ai pas jugé utile de pratiquer de défense de zone en compétition (il reste trop de choses à perfectionner dans nos défenses actuelles), mais nous avons mis en place une zone 1-2-2 à l’entraînement, afin d’apprendre tout simplement à l’attaquer !

La plupart des défenses de zone que l’on rencontre en championnat sont des zones statiques, où il n’y a pas de pression sur le porteur de balle, où l’une des consignes données par l’entraîneur adverse est de ne pas sortir sur les tirs extérieurs. L’objectif de ce type de zone est avant tout de parier sur la maladresse dans les tirs longue distance, d’endormir l’attaque adverse en la rendant statique et d’en profiter pour jouer la contre attaque dès que l’on récupère un ballon.

C’est une stratégie… en tout cas pas celle que je préconise puisqu’elle est en complète opposition avec tous les principes défensifs énoncés ci-dessus. De plus, je ne suis pas sûr que l’on forme efficacement des joueurs en pratiquant ce type de défense. Le pire, c’est que ce style de comportement se retrouve également dans les défenses hommes à hommes, qui ne sont en fait que des zones calquées : on reste face à son joueur mais on garde un pied dans la raquette ! Comment valoriser la défense quand on la fait pratiquer de cette manière à ses joueurs, où le seul objectif est de protéger son panier ? Pas facile de développer l’agressivité défensive, l’initiative ou la lecture de jeu dans de telles conditions ! Là encore, on retrouve les 2 notions à priori antagonistes de compétition (on fait de la « championnite », tout est bon pour gagner à tout prix) et de formation du joueur. Pourtant, je pense qu’il est possible de former un joueur tout en faisant de la compétition ! Tout dépend des choix effectués et des objectifs définis par l’entraîneur.

D – Collectif offensif

Au niveau des formes d’attaque, elles sont généralement classées, organisées en fonction du temps :

En ce qui concerne l’attaque placée, on distingue trois grandes familles de jeu :

Les minimes du BC Maurepas pratiquent 3 formes d’attaque : en les classant dans l’ordre de leur apprentissage, la contre attaque, l’attaque fille à fille et l’attaque de zone.

La contre attaque

La contre attaque est la première arme offensive des jeunes joueurs. Prenons à nouveau pour exemple les poussins : ces derniers pratiquent une forme spontanée du jeu rapide, mais cette dernière est souvent entachée d’erreurs (utilisation abusive du dribble, espacement insuffisant entre les joueurs, etc.) conduisant à de nombreuses pertes de balles.

La contre attaque ne souffre aucune hésitation, aucun geste inutile, aucun dribble superflu. Ce ne sont que de nombreuses répétitions qui amèneront une équipe à maîtriser progressivement la contre attaque. La mise au point de ces automatismes passe donc par certains principes et demande une progression pédagogique méthodique :

Remarque : en ce qui concerne le 3 contre 2, je ne l’inclus pas comme étant une finition réaliste de la contre attaque, du moins pas au niveau où j’entraîne ; en effet, le temps imparti pour espérer déclencher un tir ouvert à haut pourcentage de réussite (près du panier) est largement supérieur au temps mis par l’ensemble des défenseurs pour se replier dans la zone réservée.

Dans les autres situations de surnombre offensif (2 contre 1, 3 contre 1), on demandera au porteur de balle de jouer le 1 contre 1, avec comme objectif de marquer le panier en provoquant la faute ; ce n’est qu’en adoptant ce type d’attitude agressive que nous obtiendrons une véritable fixation du défenseur avec dans ce cas la possibilité de réaliser une passe à un partenaire qui coupera vers le panier dans le bon timing. En effet, trop de joueurs ont tendance à passer avant de fixer. Nous utiliserons la plupart du temps une passe à terre si l’on se situe à l’intérieur de la zone des trois points, car en plus d’être difficile à intercepter, cette dernière permet au réceptionneur d’enchaîner rapidement et confortablement une action de tir.

Il existe une quantité infinie d’échauffements, d’exercices ou de situations de jeu qu’il est possible de mettre en place pour apprendre (sans opposition) puis perfectionner (avec opposition) les grandes étapes de la contre attaque : rebond + sortie de balle, montée de balle (occupation des couloirs) et finition (surnombre offensif).

Voici quelques exemples (Figures 32 à 35) :

Figures 32, 33

Figures 34, 35

Pour favoriser et valoriser la contre attaque dans le jeu à 5 contre 5, on utilise généralement des astuces comme par exemple :

Il n’existe pas de pré-collectif à proprement parler quand on parle de jeu rapide, puisque ce dernier intègre non seulement la notion de surnombre offensif (plus d’attaquant que de défenseurs), mais également concerne par définition un nombre réduit de joueurs (de 1 à 3 attaquants dans la première vague de contre attaque). Il sera par contre possible de travailler indépendamment les différentes phases de la contre attaque afin d’améliorer le timing et la précision des déplacements et perfectionner les éléments techniques associés.

Le tir en course et le jeu de passes sont selon moi les deux éléments techniques à travailler en priorité aux entraînements car la qualité et la fiabilité de ces derniers conditionnent grandement la réussite de la contre attaque.

Pendant de nombreuses années, je me suis désespéré de voir qu’en match, mes joueuses manquaient tant de paniers faciles en contre attaque, pourtant correctement construites. J’ai longtemps mis cela sur le compte de la pression et du stress, mais je me suis progressivement aperçu que c’étaient plutôt les formes d’entraînements et les repères techniques qui n’étaient pas adaptés.

Quand on aborde la problématique du tir en course, il faut se placer en conditions réelles de jeu rapide : tirer en course en pleine vitesse avec une meute de poursuivants lancés à nos trousses ! Il faut donc perfectionner ce type de tir dans un contexte voisin de celui rencontré en compétition.

Par exemple :

Figures 36

Au niveau des aspects techniques, je préciserai qu’il faut impérativement que le premier appui du tireur soit posé à l’extérieur de la zone réservée et que la finition soit de type lay-up (main placée sous le ballon) ; en effet, c’est le seul type de finition qui permet de tirer à pleine vitesse avec un haut pourcentage de réussite.

En ce qui concerne le jeu de passes, hormis la gestuelle, c’est souvent le manque de force et la difficulté à évaluer la distance en fonction de la vitesse de course de ses partenaires qui posent un problème aux jeunes joueurs. Il faut donc insister sur la vitesse de bras et la qualité des appuis (être fléchi, équilibré, les pieds bien ancrés sur le sol) pour espérer progressivement, après de nombreuses heures de perfectionnement, savoir mieux évaluer les distances et améliorer la précision et la qualité des passes.

Je terminerai en précisant qu’en ce qui me concerne, je ne détermine pas de postes de jeu spécifiques dans le jeu rapide ; c’est uniquement le lieu de la prise du rebond qui décide du rôle des joueurs sur le terrain (par exemple, le partenaire le plus proche du rebondeur se rend en secteur de sortie de balle, etc.). Cette façon de fonctionner apprend à nos jeunes joueurs à être polyvalents et à endosser différentes responsabilités.

L’attaque placée

Je me suis longtemps posé la question s’il fallait consacrer du temps à mettre en place une attaque placée organisée dans les catégories benjamins ou minimes. Compte tenu du manque de maîtrise technique et du manque de culture « tactique » de nos jeunes basketteurs, il me semble qu’il s’avère inutile et inapproprié de mettre en place des formes de jeu sophistiquées que nos apprentis joueurs passeront la plupart du temps à réciter sans comprendre !

Des formes de jeu basées sur des principes me paraissent donc plus adaptées que l’emploi « brutal » de systèmes de jeu.

Les principes de jeu ont plusieurs avantages : en plus d’être indéchiffrables par l’équipe adverse, ils favorisent le développement de la lecture de jeu (faire la bonne action au bon moment) dans un cadre restreint donc dans un contexte familier pour les attaquants : la réalisation d’une action par un joueur conditionne et définit un choix restreint d’actions possibles pour ses partenaires. L’entraîneur peut donc garder une bonne maîtrise de l’attaque placée de son groupe tout en favorisant les initiatives personnelles.

Sans aller jusqu’à définir des règles de jeu complètes et précises comme celles que l’on peut trouver dans le célèbre « passing game », voici les repères et / ou principes que j’essaye de mettre en place dans mes attaques placées que ce soit sur défense homme à homme ou sur zone.

Équilibrer les distances entre les partenaires (spacing)

La bonne distance de passe ou de démarquage se situe généralement entre 3 et 4 mètres. Un manque d’écartement, qui se traduit par un rapprochement des lignes de passes, limite le travail de démarquage individuel et favorise l’aide défensive. Au risque d’être au départ volontairement réducteur, j’ai même défini certaines zones du terrain où il est interdit de recevoir le ballon (sauf dans le cas d’un démarquage de type backdoor) afin de favoriser la distinction que l’on peut faire entre un joueur extérieur (secteurs de jeu 0, 2 et 3) et un joueur intérieur (secteur 4 et 5).

Figures 37, 38, 39

Monopoliser en permanence l’attention des défenseurs

Utilisation du dribble

Dribbler pour attaquer le panier (1 contre 1), ou à défaut fixer la défense (intervention d’un joueur en aide) et passer au partenaire se retrouvant de ce fait démarqué ; le dribble est également utilisé pour ouvrir une ligne de passe (dribble de décalage) en particulier dans la relation extérieur-intérieur.

Sélectionner les tirs

En attaque, il ne s’agit pas d’être tireur, mais marqueur ! Il faut donc apprendre à choisir le moment du tir (vite ou pas, ouvert ou pas), le secteur de tir (distance, angle) et le mode de tir (en course, en suspension etc.). Ces différents facteurs, s’ils dépendent en grande partie de l’adversaire, sont aussi le fruit de l’expérience et de la capacité à lire le jeu. Mes joueuses ont donc pour consigne de ne prendre que des tirs ouverts, en cherchant au départ à construire une action permettant de prendre un tir facile, c’est à dire le plus proche possible du panier. Pour cela, elles essayent en priorité d’amener le ballon en passes ou en dribbles dans le secteur 5 ou à défaut le secteur 4, qui sont des « spots » permettant de prendre des tirs à bon voire très bon pourcentage de réussite.

Pour atteindre un tel objectif, il sera nécessaire non seulement de perfectionner la relation extérieur / intérieur mais également inculquer à mes joueuses la notion de jeu direct et de jeu de transfert : nous apprendrons donc à déformer une défense (fixations), à la comprimer (relation extérieur-intérieur) et à l’étirer (relation intérieur-extérieur, renversements). Pour y parvenir, il faudra que mes joueuses soient capables d’enchaîner des actions de fixations en dribble et d’exploiter tous les aspects du jeu de passes afin de se créer au final une ou plusieurs possibilités de prise d’un tir ouvert, de près comme de loin.

En ce qui concerne les tirs longues distances, j’ai pu remarquer que la plupart du temps, ces derniers étaient peu exploités en compétition dans les catégories jeunes. Peut-être que les entraîneurs jugent leurs joueurs pas assez adroits pour tirer régulièrement de loin ? Je pense plutôt que les tirs extérieurs ne sont pas assez intégrés et pas suffisamment exploités dans les entraînements. Mon équipe minimes filles (constituée au 2/3 par des benjamines surclassées) marque en moyenne 4 à 5 tirs à 3 points par match (avec environ 50% de réussite) et je ne pense pas que nous soyons d’une adresse exceptionnelle ; par contre, mes joueuses prennent régulièrement des tirs extérieurs dans les situations de jeu à l’entraînement, ces derniers faisant tout simplement partie de l’éventail d’actions de jeu possibles ; pour cela, il suffit d’observer leur regard quand elles reçoivent un ballon derrière la ligne des 3 points, par exemple, suite à un renversement : elles ont déjà intégré la possibilité de tirer et elles s’y préparent !).

Quant à l’adresse à proprement parler, je dirai que plus on s’entraîne à tirer, plus on a de chances de marquer ! C’est statistique ! C’est une évidence, me direz-vous ! Pas tant que cela, au vu de la faible part que l’on accorde généralement au tir dans nos entraînements ! On passe énormément de temps à travailler les situations qui nous permettront de tirer, mais on oublie que seul le tir nous permettra de marquer. J’ai observé en match trop d’équipes de jeunes comme de seniors, appliquer à la lettre des systèmes de jeu aux multiples écrans et être incapable de marquer un panier en situation de tir ouvert ! 50% de la durée de nos entraînements devraient être consacrés au tir !

En ce qui concerne la technique du tir de pied ferme, elle est délicate à enseigner chez les très jeunes (benjamins, benjamines), en particulier chez les filles, à cause d’un manque de force et parfois même d’un manque de coordination. Il faut donc dans un premier temps fixer un cadre technique assez large permettant au joueur ou à la joueuse d’adapter son tir en fonction de ses caractéristiques physiques. Voici les quelques repères techniques que j’utilise avec mes minimes : appuis écartés à largeur d’épaule (être équilibré, sensation de confort), coude du bras tireur placé dans l’alignement du genou, déplier complètement ses bras et finir les « doigts dans le cercle » (fouetté du poignet).

La plupart de mes joueuses ont la balle qui part encore directement de la poitrine (tir de type « ressort », on fléchit puis on déplie simultanément les bras et les jambes), sans passer par la phase d’armer du tir proprement dit (tir de type « catapulte », où l’on lève son coude jusqu’au niveau de l’épaule avant de déclencher le tir). Même si nous travaillons régulièrement la notion d’armer à l’entraînement, à des distances proches du panier, les joueuses ne se sont pas encore suffisamment appropriées ce geste pour le réaliser naturellement en situation de jeu.

De plus, elles se retrouvent momentanément en difficulté car elles ont l’impression de régresser puisqu’elles perdent en sensations donc en adresse ! J’ai donc envisagé d’essayer une nouvelle piste de travail : j’ai entrepris d’initier mes joueuses au tir en suspension, tir qu’elles pourront utiliser dans certaines situations uniquement : tir à 45° en bordure de raquette en fin de contre attaque, tir au cœur de la zone réservée après une pénétration en dribble, tir après rebond offensif réalisé près du cercle. Pourquoi le tir en suspension ? Tout simplement parce ce tir intègre la notion « d’armer ». C’est tout simplement un moyen détourné d’initier mes joueuses à cette gestuelle qu’elles ont du mal à intégrer dans leur tir de pied ferme. Et à priori, cela donne quelques résultats ! Même si elle comporte encore beaucoup d’imperfections, leur gestuelle ressemble de plus en plus à celle d’un tir au sens basket !

Figures 40, 41

L’attaque fille à fille

En plus de s’appuyer sur les règles définies ci-dessus, notre attaque fille à fille s’articule autour de 2 grands principes :

Cette forme d’attaque s’apparente à du « passe et va » réalisé en continuité, en gardant à tout moment la possibilité de jouer le 1 contre 1. Les mouvements seront du type « passer-sprinter » (pas d’aiguillage) pour essayer de prendre de vitesse le défenseur qui essayera généralement de sauter à la balle une fois la passe réalisée. Voici une illustration du travail préparatoire à 3 contre 3 que l’on peut effectuer afin de mettre par la suite en place cette forme de jeu dans du 5 contre 5 (Figure 42 à 45).

Figures 42, 43, 44

Figures 45

Cette forme d’attaque consiste à enchaîner plusieurs tentatives successives de 1 contre 1, c’est à dire des actions de fixations, jusqu’à soit trouver une solution de tir près du panier, soit pouvoir tirer de loin suite à l’intervention d’une aide défensive. Cette forme de jeu a l’avantage de favoriser le perfectionnement de tous les fondamentaux individuels offensifs de nos joueurs : réception du ballon, triple menace, feintes, départs en dribble, etc. De plus, les joueurs non porteurs de balle devront en permanence s’organiser pour se rendre disponible et ouvrir des lignes de passes au porteur de balle (timing dans les déplacements, lecture du jeu).

À ce sujet, les principales difficultés rencontrées par les jeunes et plus particulièrement les filles dans le jeu de un contre un proviennent du refus du contact. Nos jeunes basketteurs cherchent à s’écarter du défenseur pour tirer plutôt que d’essayer de marquer en provoquant la faute. De ce fait ils se mettent tout seul en difficulté ! En plus de se retrouver dans l’incapacité de tirer, ils se jettent la plupart du temps la tête la première dans les aides défensives ; leur manque d’agressivité offensive provoque généralement un rapprochement des lignes de passes, d’où des problèmes pour réaliser une simple passe. En fait, dans le jeu de 1 contre 1, plus on se rapproche de son vis à vis, plus ce dernier se retrouve dans une situation délicate pour défendre à cause du risque omniprésent de faute. Il faut donc à tout prix que l’attaquant recherche le contact, en collant, en rasant le plus possible son défenseur direct lors de sa tentative de 1 contre 1. Le repère pédagogique à donner est le suivant : l’épaule de l’attaquant doit viser la hanche du défenseur. Il existe des exercices simples à mettre en place pour favoriser l’adoption de ce type de comportement « agressif ».

Figures 46, 47, 48

Figures 49

Afin de ne pas trop se marcher sur les pieds dans les enchaînements de fixations, il convient de se fixer quelques règles collectives d’organisation :

Ces 2 formes de jeu sont très faciles à mettre en place et à exploiter lorsqu’on utilise 5 joueurs extérieurs. Par contre, si l’on intègre un ou deux joueurs intérieurs, il sera nécessaire d’alterner les enchaînements de type « fixer-passer » ou « passer-couper » avec des relations de type extérieur-intérieur. Les phases de renversement devront quant à elles être exploitées fréquemment quelle que soit la forme de jeu utilisée car c’est au cours de ces situations de transfert rapide du ballon que l’on se crée les meilleures occasions de tir longue distance.

Lorsqu’un joueur intérieur reçoit le ballon, les actions prioritaires à réaliser sont les suivantes (valable dans tous les types d’attaque) :

Un petit mot sur l’utilisation des écrans. Par définition, un écran est une aide au démarquage d’un joueur. Avant d’apprendre à poser et à utiliser un écran, encore faut-il s’assurer que nos joueurs ou joueuses maîtrisent les principales techniques de démarquages dynamiques (en V, en backdoor, en L, etc.) comme statiques (position préférentielle). Être capables d’aiguiller, de changer de rythme, respecter les secteurs de jeu et surtout coordonner l’action du passeur avec les déplacements du joueur qui se démarque sont autant de paramètres à maîtriser dans ce qui constitue les bases du jeu de 1 contre 1 sans ballon.

De plus, on voit trop de joueurs qui ne savent pas utiliser correctement la technique de pose et d’utilisation d’un écran : c’est au bénéficiaire de l’écran de s’organiser pour emmener littéralement son défenseur dans l’écran et non l’inverse. On voit trop de joueurs se déplacer voire courir après un défenseur pour porter un écran… mobile ! Le meilleur moyen de s’initier aux écrans, c’est de demander à nos joueurs de simplement se croiser en se frôlant au cours de leurs déplacements (passage épaule contre épaule). Cette forme primaire du jeu d’écrans peut facilement être exploitée lors des remises en jeu face à une défense agressive : pour cela, il suffit de placer ses joueurs en carré et leur demander de simplement se croiser au signal du passeur. À la charge de l’entraîneur de proposer différentes options à ses joueurs en fonction des réactions de la défense (changements de joueurs, suivre, passer en dessous, etc.).

L’attaque de zone

La première forme d’attaque de zone que nous avons pratiquée avec les minimes n’avait rien de spécifique : c’était tout simplement la reprise de l’une des formes de jeu proposées dans notre attaque fille à fille : enchaîner des actions de fixation pour dans un premier temps espérer trouver une solution de tir près du panier (tir facile) et dans un deuxième temps, le cas échéant, prendre dans de bonnes conditions un tir longue distance (de préférence suite à un transfert de balle). L’objectif était de prendre avant tout un tir ouvert dans la situation la plus confortable possible.

Un bon moyen de perfectionner les enchaînements techniques de type « fixation » (réception, orientation face au panier, feinte de tir et départ en dribble) est de pratiquer des formes jouées de type 3 contre 2 ou 3 contre 3, avec les défenseurs placés en zone (1 défenseur sur le ballon, le ou les autres dans la raquette). Plutôt que de laisser les joueuses en attaque complètement libres de leur choix, je leur impose une forme de jeu organisée, de façon à leur apprendre à coordonner leurs actions. Le porteur de balle doit prendre la meilleure décision (tirer ou passer) alors que les non porteurs doivent se rendre disponibles de façon à recevoir le ballon dans de bonnes conditions (équilibrer le jeu, ouvrir les lignes de passes) et enchaîner une action.

Figures 50, 51, 52

Un autre type d’exercice, proposé par Alain Weisz, permet cette fois de perfectionner la relation extérieur-intérieur et inversement tout en améliorant les choix dans la sélection des tirs.

1 équipe de 4 attaquants (3 extérieurs + 1 intérieur) contre équipe de 3 défenseurs

Le joueur intérieur ne peut jouer que poste bas, ne peut tirer qu’après avoir reçu la balle en dehors de la zone réservée et après avoir réalisé 1 dribble au minimum. Il peut passer la balle à ses partenaires sans aucune réserve. Les défenseurs jouent donc à 3 contre 4 et peuvent neutraliser le joueur intérieur s’ils le touchent, balle en main dans la zone réservée. Dans ce cas, il ne peut plus marquer et doit impérativement passer la balle. Cette situation de surnombre permet de favoriser la prise de tirs dès réception du ballon. Les points sont comptabilisés de la façon suivante :

Figures 53

Même si la mise en place de cette forme de jeu est parfois délicate, car les règles ne sont pas toujours évidentes à appréhender pour des jeunes, c’est un excellent moyen pédagogique pour développer la lecture de jeu et confronter nos joueurs aux problèmes de choix : faut-il passer ou tirer ?

Attaquer une zone par des fixations successives en dribble a un certain nombre de limites, surtout lorsqu’on rencontre une défense de zone où les joueurs restent en permanence massés dans la raquette. Dans ce cas, le porteur de balle, s’il est trop téméraire dans ses tentatives de 1 contre 1 peut se retrouver rapidement en mauvaise posture car littéralement enlisé, noyé dans la défense adverse ! Quant aux joueuses intérieures, pouvoir s’exprimer dos au panier face à ce type de défense très concentrée, tient littéralement de l’exploit quand on est benjamine ou minime fille !

J’ai donc essayé de proposer une autre forme d’attaque de zone basée cette fois sur des passes et du mouvement plutôt que sur des dribbles et des fixations à répétition. À noter que cette forme de jeu permet également aux joueurs intérieurs de recevoir la plupart du temps le ballon en mouvement.

Figures 54, 55, 56

Figures 57, 58

Il s’agit en fait d’un système de jeu en continuité assez facile à mettre en œuvre : une fois que les joueurs ont mémorisé le mouvement (quelques répétitions à 5 contre 0), il est important de travailler le timing des déplacements et pour cela quelques repères pratiques suffisent :

Une fois cette phase d’apprentissage terminée, il est possible de le travailler avec de l’opposition afin de permettre aux attaquants de découvrir toutes les possibilités d’actions qui s’offrent à eux : jeu en triangle, relations extérieur-intérieur et vice-versa, etc. ; c’est donc dans le jeu dirigé que les joueurs s’approprieront ce système et les différentes options qui s’offrent à eux tout au long de son déroulement, c’est-à-dire l’éventail d’actions possibles en fonction de leur position sur le terrain et des réactions des défenseurs.

Afin de ne pas tomber dans le piège qui consiste à réciter « bêtement » le système, il est impératif que tout joueur en possession du ballon adopte une attitude de triple menace afin de monopoliser l’attention de la défense et plus particulièrement de son vis à vis direct. Connaissant parfaitement ce que vont faire ses coéquipiers, un attaquant en possession du ballon peut parfaitement évaluer ses propres possibilités de jouer le 1 contre 1 (attaquer en dribble ou tirer de loin) tout en ayant en tête les déplacements de ses partenaires comme les différentes passes qu’il est possible de réaliser.

Pour terminer, je préciserai que chaque fois que nous rencontrons une défense de zone, nous mettons systématiquement en place une défense tout terrain, dans le but d’essayer de gagner un maximum de ballons nous permettant de jouer la contre attaque. On oublie souvent que le meilleur moyen d’attaquer une défense de zone, c’est de tirer avant que cette dernière ne soit placée : le jeu rapide reste donc le meilleur moyen de contourner une zone.

L’adresse dans les tirs extérieurs reste la deuxième arme permettant d’attaquer efficacement une défense de zone ; en effet, même si l’on dispose des meilleurs systèmes de jeu au monde, il sera extrêmement difficile de battre une zone si l’on est incapable de marquer de l’extérieur, tout simplement parce qu’au bout d’un moment la zone deviendra tellement compacte et hermétique qu’il deviendra de plus en plus difficile de tirer facilement à l’intérieur de la raquette. Par contre, marquez 2 ou 3 tirs extérieurs de suite, et vous verrez si la défense de zone ne va pas exploser !

E – Conclusion

Aujourd’hui, de nombreuses sources d’informations sont à la disposition des entraîneurs : livres, vidéos, colloques, formations de cadres, sites internet, etc. Il n’est donc pas difficile de trouver tous les ingrédients nécessaires à la préparation de ses séances d’entraînements aussi bien au niveau du fond (technique, pré-tactique, tactique) que de la forme (exercices, situations de jeu, etc.). Mais c’est là que l’on se heurte généralement aux vraies difficultés : chaque entraînement doit contenir des séquences cohérentes entre elles par rapport au thème choisi. Il est donc nécessaire d’organiser ses connaissances de façon à mettre en place une progression pédagogique logique permettant aux joueurs d’atteindre les objectifs fixés.

Si la pédagogie se définit comme étant la faculté de savoir enseigner et transmettre des connaissances et/ou des savoir-faire, il ne faut pas oublier de respecter les temps nécessaires à l’apprentissage et savoir s’armer de patience, afin de ne pas brûler les étapes. Autant il est peut-être assez simple de mettre en place des formes de défenses sophistiquées, autant la construction d’un attaquant est un projet long et difficile ! Coupler la mise en place des éléments tactiques au perfectionnement technique vous permettra de former des joueurs capables de faire de bons choix quelles que soient les situations rencontrées, c’est-à-dire utiliser le bon geste technique au bon moment en fonction du contexte tactique dans lequel ils se trouvent. L’intelligence de jeu ne remplace pas de bonnes qualités athlétiques ou une excellente dextérité par exemple, mais elle contribue à créer un groupe de joueurs homogènes qui évoluent dans le même référentiel technico-tactique ! De façon imagée, tous les joueurs ou joueuses pratiquent leurs propres instruments (chacun a sa propre spécialité) et mais tous suivent la même partition dirigés par un seul et unique chef d’orchestre : leur entraîneur !

Je terminerai mon propos en disant qu’entraîner, cela ne consiste pas à venir simplement 2 à 3 fois par semaine au gymnase. C’est un projet à part entière, que l’on définit à moyen ou à long terme et qui se concrétise par des objectifs sportifs précis ambitieux ou non (par exemple : préparer un Championnat de France en 2 ou 3 ans).

Conduire ce projet, c’est accepter d’en prendre en charge toutes les facettes :

Bien évidemment, toutes les aides sont les bienvenues, mais n’oubliez pas qu’il y a un seul pilote dans l’avion : l’entraîneur ! Et même si parfois les difficultés sont telles que vous avez envie de tout abandonner, continuez à croire en votre projet, car « il n’y a pas de grande histoire à succès qui ne soit basée sur une grande persévérance ! » (proverbe chinois).

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